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revelint - revue électronique internationale
- Paris
Lionel Marchetti, Haut-parleur, voix et miroir…
- essai technique sous forme de
lettre -
à Olivier Capparos
Haut-parleur, voix et miroir a été initialement une
réponse à l'invitation de Olivier Capparos et Frédéric Neyrat, dans le cadre de
leur séminaire "Fonctions de l'image" au Collège International de
Philosophie, à Paris, en 2000.
Vocabulaire technique essentiel :
Haut-parleur n.m. Appareil qui reçoit de l’énergie
électrique correspondant à des sons audibles (parole, musique, bruits) et la
convertit en énergie acoustique, qu’il rayonne dans l’espace environnant.
Microphone n.m. électroacoust. Appareil qui
transforme les vibrations sonores en oscillations électriques.
Oreille n.f. (lat; auricul, de auris). Organe
de l'ouïe, et, en partic., partie externe de l'organe, placée de chaque côté de
la tête.
Bouche n.f. (lat. bucca) Cavité formant le
segment initial du tube digestif de l'homme et de certains animaux, permettant
l'ingestion des aliments et participant à la respiration et à la phonation.
Voix n.f. (lat.vox, vocis). Ensemble
des sons émis par l'être humain.
Miroir n.m. (de mirer) Verre poli et métallisé
(génér. avec de l'argent, de l'étain ou de l'aluminium) qui réfléchit les
rayons lumineux.
Le petit Larousse 2000
1.
Mon ami,
regarde, devant toi, à hauteur du visage, cet objet de
taille modeste qui, tantôt, lorsqu’il t’aborde, occupe un espace qui serait
celui d’une tête (ou parfois même d’un corps), tantôt se loge en un point
miniature, à la limite d’être une pupille, devenant ainsi le semblant d’un œil
unique, ou plutôt, une visée acoustique unique, que j’aimerais appeler, par
analogie, et non sans contraste volontaire, le regard d’une oreille vagabonde.
Au centre
de ce lieu focal, quasi-cubique, étonnamment mécanique, où le rapport du volume
et des matériaux employés reste mathématiquement calculé comme objet idéal, et
ce, en vue de donner à entendre un chapelet complet de fréquences bien étagées
sur tout le spectre de l’audible (proche de celui dont nous donne à jouir
l’oreille humaine); au centre de ce lieu focal, donc, sur l'aplat résonateur de
ce que l’on appelle la baffle, et qui joue le rôle d’un pavillon plat
amplificateur, une membrane conique de papier composite claque, se contracte ou
se dilate, joue de sa morphologie souple comme d’une peau enflée par une force
en dessous, vibrante, vivante, animale.
De cette
surface électriquement pincée naît un son. Le plus souvent un complexe de son.
Composé d’une pluralité de longueurs d’ondes enchevêtrées. Sur l’avant. Sur
l’arrière. En soubresauts et remous, tourbillons, virages ou sillages d’ondes.
Ce son s’extirpe en quête du dehors. Sort. Se déploie. Rejoint l’espace.
Finalement l’occupe. En prend possession. Non sans générer cette sensation de
flux continuel déversé, bien que parfois interrompu ou peuplé de silences, de
résonances ou d’attentes, mais également détenteur de ce pouvoir agile de
renversement - comme dans une illusion - pour un effet de retourné
radical et paradoxal sur les espaces internes de ce que nous entrevoyons comme
les plus lointaines profondeurs, mystérieuses, de ce même haut-parleur.
…Visée
acoustique unique, regard d’une oreille vagabonde… deux images adverses qui
pourtant s’accolent par la force aimantée du haut-parleur, recelant une volonté
d’échappée volatile, opposée, en son sein, à l’immobilité obligée de l’enceinte
acoustique dans l’espace du lieu de son implantation…
…Visée
acoustique unique, regard d’une oreille vagabonde… alors même que la
morphologie mouvante de la membrane appelle un imaginaire du toucher, suggéré
par des remuements visibles, complexes, sinueux, même seraient-ils cachés par
le voile pudique d’un tissus, d’une grille…
…Visée
acoustique unique, regard d’une oreille vagabonde… deux images adverses, en
tout cas contenues dans l’évidence d'un sonore le plus souvent façonné comme
une histoire venue du passé, bien que, paradoxalement, soudainement là,
et redonnée, au travers de cet étrange médium technologique - le
haut-parleur - comme un remuement enchanteur de particules d’air émises en
direction du corps de l’écoutant…
Parler, s'enregistrer et… s'écouter
Si le corps
en entier écoute, si l’oreille est aux aguets, face au haut-parleur l’œil
observe et cherche à comprendre la vitalité d’une mécanique faite pour parler.
Il ne faut
pas oublier que dès les débuts de sa conception technique le haut-parleur était
utilisé pour transporter la voix.
L'enregistrement,
pour sa part, naissait au siècle dernier entre les mains d'un poète et d'un
artisan typographe historiquement associés . Tous deux, chacun à leur
manière, jouèrent essentiellement de leurs voix comme premier son de l'air à
fixer, en vue d'élaborer une écriture obtenue directement à partir de la
parole, par un moyen mécanique.
Charles
Cros, dans Inscription :
" J'ai voulu que les tons, la grâce,
Tout ce que reflète une glace,
L'ivresse d'un bal d'opéra,
Les soirs de rubis, l'ombre verte
Se fixent sur la plaque inerte.
Je l'ai voulu, cela sera.
Comme les traits dans les camées
J'ai voulu que les voix aimées
Soient un bien, qu'on garde à jamais,
Et puissent répéter le rêve
Musical de l'heure trop brève ;
Le temps veut fuir, je le soumet. " (1)
De son
côté, durant les années soixante du dix-neuvième siècle, Léon Scott de
Martinville étudia scrupuleusement l'anatomie auriculaire des mammifères.
Reproduisant sommairement le tympan d'un chien avec un cône de papier, encollé
à son extrémité membranée d'une fine soie animale et, parlant au plus près de
ce même cône, il put examiner sa voix, métamorphosée, au niveau de la soie, en
mouvement horizontal amplifié. Dans ce nouvel espace restreint le mouvement
signait déjà toute sa genèse à graver. C'était là, en outre, l'esquisse d'un
microphone mécanique : un porte voix inversé, qu'il appela également
"oreille artificielle. " (2)
Trouvant
habilement, avec l'aide d'amis imprimeurs, la possibilité de fixer ces
mouvements par l'inscription du cheminement ondulé sur un cylindre de verre
rotatif recouvert de noir de fumée et ce, sur bande de papier ciré ;
copiant puis gravant en creux cette trace de mouvement sur un étalon d'étain
mobile ; guidant cette même soie, améliorée d'une aiguille métallique
conductrice, dans des raies qui bientôt deviendront sillons de cire, il
entendit et vit, pour finir, le cône de papier - précédemment mis en
mouvement par la pression aérienne de sa voix - magiquement devenir
amplificateur de ses anciens spasmes.
Le cône de
papier parlant haut et fort.
Devenu
haut-parleur.
Jouant automatiquement
et à loisir, des sons fixés.
Aujourd'hui,
à l'heure où j'écris cette lettre, plus d'un siècle est passé. Pourtant le
haut-parleur reste invariablement constitué d'une membrane de papier, animée
par une bobine de métal sondant une pierre d'aimant, le tout électriquement
amplifié, reproduisant, en grand, les remuements préalables de la membrane
microphonique mise en mouvement par cette voix, comme toujours, aérienne.
Redéployé
dans l'espace à l'inverse de son cheminement initial, ce même air qui,
d'ordinaire, aurait pu venir frapper directement la surface de ton tympan, de
nouveau t'aborde.
Par le
biais d'un curieux appareillage.
Comme si le
haut-parleur était un automate renvoyant en atmosphère l'image sonore de ta
voix.
Comme si le
haut-parleur était un miroir acoustique.
Miroir nous
convoquant à infini de ses dérives…
Au travers
de ce système désormais aisément duplicateur, issu d'une technique simple,
manuelle, sans adjonction d'électricité au départ, les inventeurs ne purent
qu'admettre certaines modifications radicales : la trace de l'enregistré,
enchevêtrée dans la dérive d'une reproduction haut-parlante se survit
difficilement à elle-même. Elle se perd - et nous perd - au travers
des multiples couches de codages, copies, injections ou autres
réinjections — broyée sous l'aberration constitutive des machines.
Pourtant,
au-delà de tout ces ombrages, la trace renaît.
Augmentée
ou diminuée.
Peut-être
même renaît-elle comme une nouvelle origine.
Érigée.
Dans toute
son étrangeté.
Et c'est
précisément cette étrangeté que je me propose d'explorer.
J’ai donc
envie, après avoir approché l'architecture du haut-parleur, de le comparer à la
physionomie complexe de l’oreille humaine qui a servi de modèle à sa conception
formelle.
De même,
pour poursuivre mon réseau de relations dans une logique tout autant
anthropomorphique, la plastique entière de l'enceinte acoustique incite, selon
moi, à une attitude perceptive nourrie d’attentes où la bouche et la voix, tout
comme le fantasme d'une oreille projective trouvent en elle une place de choix.
De plus, le
haut-parleur, dans sa capacité d'agrandir à l'excès les volumes sonores suscite
l'effroi.
Paradoxalement,
le corps s'y attelle. Il ira même jusqu'à se livrer, face à lui, en réponse
directe ou différée, à un jeu de postures mimétiques, attrayantes ou
repoussantes.
Comme si
l'on se trouvait, devant le haut-parleur, face à un miroir.
Comme si
l'on se trouvait de plein front avec l'expérience imageante.
Un jeu
entre la vie et la mort.
Où la vie
serait cette venue, vers nous, écoutants, d'une image nous portant au faîte
d'un nouveau genre d'existence : un gain de vie.
Où la mort
serait ce nous-mêmes rayé face à nous-mêmes, nous abîmant, comme
en une perte, dans une jouissance miroitante morbide, lorsque uniquement
agglomérés sur un idéal inaccessible — appel nostalgique fermentant au
sein de toute trace. (3)
Avant toute
chose précisons ce qu’est le son, cet impalpable lent qui de notre quotidien
sans cesse incise et rehausse les saveurs, ainsi que son cheminement dans
l'oreille.
Le son devant l'oreille
Le son, par
nature, est émis par le frottement ou l’impact de deux corps quelconques.
Imagine que
tu frappes deux cailloux.
De là, de
ce geste franc, le son va rayonner dans l’espace élastique du lieu. Il est, le
plus souvent, un déplacement de molécules d’air qui s’entrechoquent, en
atmosphère, à la vitesse relativement lente de trois cent soixante mètres par
seconde. Mécaniquement, c'est une propagation, de proche en proche, d’un
mouvement oscillatoire local de particules autour de leur position de repos, à
la suite de l’ébranlement initial et ce, sans propagation à distance d’élément
matériel. La propagation se fait dans toutes les directions à partir du point
d’impact. Le son se déploie en cercles d’ondes excentriques, qui ne sont pas
sans faire penser aux rides circulaires s’offrant au regard de celui qui lance
une pierre dans une eau calme, non sans omettre la complexité tressée du retour
des ondes d’une rive à l’autre, d’un obstacle à l’autre, ainsi que le mélange
de différents types d’amortissements selon l’entretien de l’ébranlement
initial. (4)
Demande à
un ami, par exemple, de se munir de tes deux cailloux et de les frapper, à
intervalles lents, réguliers, en se tenant à une bonne distance, afin que tu
éprouves cette étonnante lenteur du son. Une centaine de mètres suffiront.
Voici donc
que les particules d’air excité t’abordent. Elles parcourent l’architecture
festonnée du pavillon de ton oreille, qui les amplifie, les canalise, les
dirige dans le conduit auditif de l’oreille dite externe. Elles le traversent,
pour ensuite frapper la membrane du tympan, minuscule peau tendue, ayant
cinquante à soixante millimètres carrés de surface, rappelant la peau d’un
instrument comme le tambour — ou à la membrane du haut-parleur.
Au niveau
du tympan l’audition naît d’un martèlement.
Toute
audition est une perception percussive.
Entendre,
c'est être frappé.
Le son dans l'oreille
Suis-moi,
maintenant, plus profondément. Plongeons ensemble à l'intérieur de l'oreille.
La membrane
tympanique, située à l’entrée de l’oreille moyenne (appelée aussi caisse du
tympan) excite à son tour, par contact, la chaîne des osselets. Ceux-ci ouvrent
la voie de transmission des sons de l’oreille externe à l’oreille interne. Ils
jouent également ce rôle nécessaire d’amplificateurs. Ce sont le Marteau,
l'Enclume et l'Etrier. (5)
L’oreille
moyenne est remplie d’air. Elle communique, en outre, avec l’extérieur par
l’intermédiaire de la trompe d’Eustache, qui débouche au fond de l’arrière
cavité nasale. L’orifice de la trompe d’Eustache se trouve normalement fermé
mais s’ouvre à chaque déglutition, permettant ainsi l’égalisation de la
pression du tympan.
L’oreille
moyenne, par cet intermédiaire, est directement liée à l’organe de phonation.
à la voix.
L’oreille
et la bouche parlante sont tissées d’un même réseau.
Si j’insiste
volontairement sur cette complémentarité de l’oreille et de la bouche, c'est
que nous verrons plus loin que c'est une spécificité que réalise à son tour,
symboliquement et techniquement, le haut-parleur, non sans nous en proposer
quelques extensions fascinantes.
L’oreille
interne est donc constituée de deux parties distinctes, à savoir l’organe
vestibulaire, garant de notre équilibration, directement relié aux osselets par
une fenêtre ovale, elle aussi membranique, et la cochlée, région enroulée sur
elle-même en forme de colimaçon qui est le véritable organe de l’audition.
La
stimulation de ces organes sensoriels, articulés en série, déclenche
l’apparition de variations de nature électrique au sein de l’oreille interne,
enchâssée profondément dans l’os temporal. Celui-ci assure, de plus, une
isolation efficace envers les bruits internes du corps qui, sans cela, nous
submergeraient : notre être de chair vit de remous incessants, de torrents
de matière sonore transportée, battue, rythmée ; sans cette isolation
naturelle et nécessaire l'oreille nous ouvrirait le corps à la façon d'un
écorché sonore.
Dans ces
régions de l’oreille labyrinthique il est possible de croiser, en suivant les
méandres en rampe de la cochlée enroulée, et parmi la complexité d’autres
cheminements, des cellules ciliées, diversement baignées. Ici, le milieu
bascule vers une dominante liquide. C’est ainsi, par exemple, que les diverses
fréquences vont se localiser, dans la cochlée, le long de différents canaux qui
la divise, ainsi que selon la consistance des liquides stimulés, assurant, dès
lors, une réponse sélective des fibres du nerf auditif. Les cellules ciliées
propagent leurs propres excitations aux terminaisons nerveuses, le long des
fibres de la chaîne nerveuse auditive, jusqu’à l’aire cérébrale auditive. La
sensation se crée ensuite au niveau du cortex, à la suite des informations
reçues par l’intermédiaire du nerf auditif.
De
l’extérieur vers l’intérieur le labyrinthe de l’oreille nous précipite d’un
milieu aérien vers un milieu liquide, où plongent des terminaisons nerveuses,
elles mêmes reliées aux aires cérébrales via un courant électrique. Le complexe
de l'oreille déroule un enchaînement de régions diversement constituées,
éveillées, traversées, traduites, interprétées.
L’oreille
est un système de relais.
Ne
reconnais-tu pas, en suivant ce bref croquis de l'organe de l'écoute,
l’ordonnance mécanique du haut-parleur lui-même tel que je le décrivai au début
de cette lettre : une membrane à l'allure de tympan, martelée, le tout
électriquement enchaîné ?
Mais ceci
avancé, et en espérant que ces indications t’offrent une assise pour la
pérégrination à venir, il nous faut, tu en conviendras, revenir plus
précisément au sujet principal de ma lettre : le haut-parleur et la voix,
le haut-parleur et sa fonction miroitante - donc imageante - dans la
mesure où, associé au microphone, à l'instar de sa génèse technique, il est le
lieu même du dédoublement sonore.
Face au haut-parleur : le frisson… la
magie
Dans tout
haut-parleur se tient en attente, lovée, à l'affût, une voix.
Et cette
voix est ton image, en face de laquelle, à l’écoute, tu risquerais de
t’effondrer, déçu par cette distance creusée entre toi et ton fantasme d’un moi
parfait, idéal.
Profitant
de cet écart qui est celui-là même où nous entraîne toute idée d’image, voici
que cette voix - ta propre voix - te saute au visage.
Elle
t’échappe.
T’inquiète.
T'épouvante.
Puis te
sépare.
Toi de ton
image interne. Toi tout à coup confronté à cette nouveauté externe,
mystérieusement rehaussée, déformée et amplifiée.
Parfois
même enregistrée.
Il faudrait
dire : revenante.
Car te
voici bel et bien dédoublé.
Décollé par
un artifice technique infantilisant de par sa toute puissance. Et cette
puissance fraye dans les parages d'une magie étrangement familière. Te voici
confronté au sinistre pouvoir de ce qui aspire, fascine, gèle, avec cette
habileté démoniaque de te rejouer, de te répéter à l’infini de ce que tu n’es
pas, car jamais, en réalité, sans un tel subterfuge technique, ta voix n’aurait
pu de la sorte se déplier, ni se différer, dans le présent, le futur, comme
dans le passé.
Et si cette
voix qui revient sur toi n’était pas toi ?
Et si cette
image sonore que de toi tu possèdes était, de par cette expérience,
profondément faussée, défigurée — mise en tout cas à l’épreuve ?
C’est un
fait : ta voix, dédoublée, semble venue d’ailleurs, ne t’appartient plus.
Tu
t’écoutes et quelque chose d'autre, alentours, te désigne.
Éventuellement
menace.
Tu es
désorienté.
Tu ne sais
plus qui tu es.
Peut-être
même n’es-tu pas qui tu sais être.
Il se
manifeste alors en toi ce sentiment d’inquiétante étrangeté.
Et
qu'est-ce qui te hante ?
Qu'est-ce
qui est en jeu ?
Ta
constitution.
Ton
individuation.
Es-tu
certain d'être là ?
Dans tout
haut-parleur se tient en attente, lovée, à l'affût, une voix. Et cette voix est
l'image de ta voix.
Par cet
artifice technique te voici donc altéré.
Devenu autre.
Incertain.
Frissonnant.
Dialoguant
avec un toi au dehors, alors que ce dehors, à proprement parler, est
tout à coup l’image même de ton dedans. Défiguré. Et ce dedans, dès lors, qui
t’emporte vers l'insolite, t’écoute du dehors.
Il flotte,
entre-deux, dans un lieu d'abstraction trouble.
Ton espace
de vie bascule.
Ton image
bascule.
L’idée que
tu te fais de ton image - de ce que tu croyais être ton image - vire
et glisse. Tu abordes, de plein front, à l'aplomb de ton existence, sans
vraiment t'en rendre compte, l’espace spéculaire.
L’espace du
miroir.
L'espace
" où tu te saisis comme autre et où l’autre est l’image de toi :
un monde de la métamorphose du même. " (6)
Ta voix,
qui ne t’était audible comme telle que par le retour de l'écoute de l'autre
- quand bien même tu possèdes l'image sonore interne de ta voix en propre,
vécue de l’intérieur - se met à vivre toute seule. Elle s’objective. Ta
voix, dédoublée par l'effet miroir du haut-parleur, t’indique toi-même comme
sujet mais qui te semble bien différent du sujet que tu t’imaginais être.
Es-tu en
train de revivre cette expérience première du bébé, lorsque tu n’étais toi
qu’au travers du visage et l’écoute de ta mère ou de ton père, lorsque tu découvrais,
simultanément, que tu étais aussi autre, individu à part entière, distant,
parfois solitaire, expérimentant cette aventure de vivre par toi-même ?
Es-tu
brutalement ramené à ce temps de fusion d'avant les signes ?
Face au
haut-parleur miroitant, lieu de l'espace acoustique spéculaire, se trame une
mise en abîme affolante.
Serti dans
l'enceinte acoustique, du plus haut de sa stature d'enceinte figée, le
haut-parleur suscite ce sentiment d’inquiétante étrangeté. (7) Il
nous lie à ces souvenirs d’un état ancien, idéal, familier, tout comme à ce
souvenir de la perte commençante de cet idéal.
" Le
miroir, ainsi que l’acte de se regarder dans le miroir introduisent les
problèmes de l’émergence d’une identité primaire, de confusion d’identité, de
perte d’identité aussi bien que le problème de maintient de l’identité.
" (8)
De même, le
caractère d’inquiétante étrangeté, inhérent à l'idée du double - à la
répétition du même - proviendrait de ce fait troublant :
" le double est une formation appartenant aux temps psychiques
primitifs dépassés […] Il s’agit du retour à l’époque où le moi n’était pas
encore nettement délimité par rapport au monde extérieur et à
autrui. " (9)
Dans tout
haut-parleur se tient en attente, lovée, à l'affût, une voix. Et cette voix est
l'image de ta voix — voilée.
Où donc
es-tu face au haut-parleur ?
Dedans ?
Dehors ?
Glissement
de l’un à l’autre.
Où donc
es-tu ?
Et où
vas-tu dans cette magie ?
Petite histoire du double
Il faut que
tu imagines l’homme ancien, primitif, grand marcheur des forêts et des plaines,
questionneur devant son ombre portée sur le sol ; ombre sans cesse
mouvante, allongée, étirée sous la lumière solaire dans une marche intime. Or
voici que cet homme y raccroche son âme. Voilà qu’il considère cette ombre
comme le double de son moi. L’ombre est une des premières et des plus
primitives représentation de l’âme, dit Otto Rank, car elle est une des plus
fidèle image du corps ; aujourd'hui encore, dans certaines langues, les
appellations d’ombre, d’image et de reflet servent aussi à désigner
l’âme. (10)
Sur ce
double, en conséquence, par la force de sa pensée, l’homme primitif projette
les bonnes parties de son moi qu'il désire sauvegarder. Il sait qu’il est
mortel. Il sait qu’il est menacé dans son intégrité physique. Il a déjà vu les
siens disparaître : nourrisson emporté par une hyène, vieillard
s'effondrant dans sa carcasse trop fragile, chasseur plein d'âge et de vie le
cœur stoppé lors d'une joute fratricide…
Le double
devient dès lors un lieu idéal, abri face à la cruauté du monde, et ce que
l'homme " projette devant lui, comme idéal, est le substitut du
narcissisme perdu de l’enfance : en ce temps là, il était lui-même son
propre idéal. " (11)
Le moi, à
l’origine, aurait donc été double.
Constitué
d’une partie vivante, charnelle et mortelle.
Constitué
d'une partie comprenant l’âme invisible, mais néanmoins perceptible dans
l’image du corps du sujet rendue par l’ombre ou le reflet.
Il aurait
été possible, dès lors, pour l’homme primitif, d’objectiver son moi. Voire de
se conforter, de jouir d'une toute puissance. Au sens où il lui aurait ainsi
été donné d’observer, à distance, son moi idéalisé, par là de nier cette mort
qui fouille, brise, défait les chairs, enfin souffle le corps en entier ne laissant
sur le sol que quelques os blancs.
Cependant,
pour l'homme primitif, ce double se retrouvait projeté à l’extérieur. Au
dehors. De fait : à nu. En prise avec les ténèbres environnantes qui
auraient pu, à son tour, l’attaquer, l’effacer, le décrocher, rendant caduque
tout espoir d'un retour à ce temps de fusion — dévoilant ce risque
atroce qu’il ne devienne qu’une âme sans corps, destinée à errer avec les
autres âmes perdues dans le désert de l’éternité.
… Après
tout, de par son essence, le double n'hurle-t-il pas sans cesse son
appartenance au moi-corps d'origine ? Résolument audible, il se fait
traquer, bientôt reconnu par les forces sauvages, extérieures, qui sans
relâche, guettent. Cette mise en pâture serait comme un espace d'affront. Pour
ne pas dire l'entrée délibérée au sein d'un piège. Le double signant là un
accord tacite, tant avec ce qui jamais ne se manifeste sans tuer qu'avec son
origine qu'il n'a cessé d'indiquer…
Pour
l'homme primitif il était alors nécessaire de protéger ce double. Par des
rituels divers. Par l’interdiction, peut-être, de représenter. Car si ce double
pouvait être attaqué, en quoi l’homme ne serait-il pas lui-même infiltré, en
retour, par ces mêmes puissances ténébreuses ? Apparaît chez l’homme
primitif un doute quant aux qualités idéales de l’objet narcissique :
" trop proche, littéralement, du sujet, le double allait désormais
représenter pour lui un danger mortel contre lequel il faudrait se
défendre. " Voici donc l'homme arrivé en ces régions où, pour tenir
en équilibre le moi, il lui faudrait se séparer de son double : d’un
statut d’ange gardien le voici devenu diable dont il devrait à tout prix
s’éloigner.
Dans un
retournement, le double ne sera désormais plus qu’une copie infidèle au corps
du sujet.
" Le
double qui était, à l’origine, le substitut concret du moi, devient à présent
diable ou contraire du moi, qui détruit le moi au lieu de le
remplacer. "
C’est à ce
moment, souligne Otto Rank, que se différencient ombre et reflet par rapport au
double. Ce dernier restant réceptacle de pulsions agressives de toutes sortes,
alors que les pulsions qui lui sont retirées seront introjectées avec le moi
idéal et l’âme pour œuvrer à la totalisation du moi.
Corps et
âme feront désormais un tout.
Le reflet
et l’ombre ne seront plus que les manifestations objectives et naturelles de la
présence du sujet.
Le double,
délaissé, frayant de son côté, haineux et solitaire comme un pauvre diable…
Aujourd’hui,
dans notre imaginaire, dans ce qui en nous se nourrit de labyrinthes et de
caches, ce double, tel que nous l'avons compris évoluer dans la vision des
anciens est encore là.
Dehors.
Il rôde.
Tourne
autour de nous.
Éventuellement
nous traque.
Ce double
qui réveille des angoisses archaïques pourrait venir manger notre moi. De là,
déconstruire notre identité — cette base en évolution permanente qu’il nous
faut constamment maintenir, travailler, élever.
N’oublie
pas que nous sommes " un assemblage fugitif, un composé dont les
ingrédients n’attendent qu’à se disjoindre. " (12)
N'oublie
pas que si, aujourd'hui, notre tenue de vie nous semble acquise, elle n'est
qu'un leurre consensuel et flotte dans un monde où l'incandescence se repaît
d'étranges rapaces.
Haut-parleur miroitant
Être face à
un haut-parleur c’est ce moment où, en puissance, tu es à même de t’y retrouver
comme retourné, face à ta voix amplifiée, enregistrée, copiée, en tout cas bien
étrangement dédoublée.
S’enregistrer,
se réécouter, c’est s'élancer dans l’espace sonore d’un miroir acoustique.
Et ce
miroir, où fraye une myriade de faces déceptives - puisqu' uni à
l'effet d'écart que suscite toute entrée en image -pourtant nous fascine.
S’enregistrer,
se réécouter au travers du haut-parleur, c’est se suspendre à une illusion. Se
nourrir de cette illusion. S'entretenir dans cet effet du retour sur soi de sa
propre image sonore, par un accroissement machinique invoquant un prolongement
du fait même de parler.
En effet,
par nature, tout en étant offerte pour l’extérieur, pour communiquer, la voix
s’écoute en soi comme par reflet dédoublé. Parler, projeter des sons au dehors,
c'est aussi jouer et jouir de cette sensation réflexive de sa voix agissant au
dedans.
Parler,
c'est auto-miroiter.
Parler est
circulaire.
Et l'effet
miroir du haut-parleur réactive, selon moi, lors de la perception des sons par
lui projetés, cette singulière circularité du même.
Souviens-toi
à quel point le haut-parleur incarne, de par sa configuration technique et son
histoire inventive, l'imbrication de l'organe phonatoire et de l'oreille.
N'as-tu pas déjà connecté, dans ton atelier des sons, un microphone à la place
d'un haut-parleur et constaté comme il était aisé d'en échanger leur
spécificité : le haut-parleur devenant microphone et le microphone
devenant haut-parleur ? L'un, capteur, devenant projecteur, l'autre,
projecteur, à son tour devenant capteur ?
Vers la vivacité de l'image naissante
" Une oreille, séparée, écoute. "
Paul Celan
S’enregistrer,
se réécouter, aborder le haut-parleur de front comme un miroir c’est se
prendre, corps à corps, dans le filet magnétique de l’écoute répétée d’un corps
sans corps - ton propre corps vocalement dédoublé - lorsque son rendu
imagé, décalé, t'approche, subitement, d’une dissemblance et ouvre,
manifestement, sur une aberration acoustique.
Et cette
aberration, quand bien même elle suscite des bouffées effrayantes, qui seraient
toi t'apercevant en tant que double méconnaissable est aussi un avènement.
Avènement
né d'un interstice.
Issu du
déboîtement de toi vis-à-vis de toi.
Déboîtement
te soufflant dans l'oreille : — au-delà, il y a quelque chose d'autre…
De cette
disjonction éclôt l'occasion audible d'une entrée en un lieu insolite : le
lieu originaire de l'image.
Ce lieu où
l'original, dégradé, a été pour ainsi dire oublié.
Mieux :
ce lieu d'où l'original s'est retiré, laissant la place - la venue -
à ce que jamais auparavant tu n'aurais pu rencontrer : la vivacité de
l'image naissante.
Cette
vivacité naît d'une combustion jouissante.
Qui
s'élève.
Et
t'exalte.
Lorsque tu
t'arraches à l'idée du double comme exclusive revendication archaïque et
effrayante.
Lorsque tu
y trouves, à l'opposé, un point d'ancrage — pour un envol.
S’enregistrer,
se réécouter, c’est donc s’abandonner à ce qui se matérialise auditivement
comme saisie impossible. Mirage d'aberration déconcertante qui, par cette
éventualité d’une écoute en différé, saurait revenir.
Revenir
pour te hanter.
Ou pour te
rehausser.
En tout
cas : pour te guider.
Tu es son
hôte.
Dans ton oreille il y a ta bouche
Alfred
Tomatis, dans L’oreille et le langage, insiste sur l’importante unité
fonctionnelle de la bouche, de la face et de l’oreille. De part une véritable
conjoncture neuro-musculaire, étudiant l'évolution des origines territoriales
des différentes parties de l’oreille par les voies de l’approche embryologique,
il en vient à considérer l’oreille comme une "bouche
sonique." (13)
L’audition
et les organes de la voix sont accouplés. Ils vivent dans une intimité
organique. C’est ainsi que l'on comprend comment nos mimiques faciales sont
liées, fonctionnellement, à notre manière d’entendre, ou encore de quelle
façon, lors d'une ascension montagneuse, la simple déglutition nous dégagera de
l’effet de pression atmosphérique que subissent nos tympans.
La
connaissance du monde est une connaissance sonore de ce monde, que ce soit
depuis l’audition utérine liquide jusqu’au milieu des bruits aériens. Pénétrer
le monde, progressivement le comprendre, depuis notre prime enfance, c’est
aussi le pénétrer par l’apprentissage de nos propres manifestations
vocales." (14) Lâcher un son, dit Alfred Tomatis, c’est d’abord
l’auto-contrôler. Élaborer un son ou un cri, c’est l’imaginer tel qu’on le
voudrait, puis le jeter dans l’espace et l’écouter pour juger s’il répond bien
à ce que nous pensions créer. " Lâcher un son c’est le découvrir au
moment même de son émission, se trouver surpris de son intention qui déjà nous
échappe, c’est réagir encore et encore en relation mimétique comme si
" l’oreille enclenchait un rejet buccal de ce qu’elle venait
d’écouter et de digérer. " (15)
L’oreille
capte à distance.
L’oreille
prolonge notre corps.
L’oreille
se love jusqu’aux franges les plus lointaines de sa portée auditive.
La voix
- la bouche - en réponse imbriquée, imite et redonne.
C'est en se
sens que l'oreille peut être envisagée comme une bouche sonique.
Il est
important d'admettre cette liaison bouche-face-oreille comme un système
complet, musculairement associé, capable d’engranger le sonore, de l'analyser,
le comprendre, tout comme de le restituer.
Le
haut-parleur, au microphone et à l'enregistrement associé ne renoue-t-il pas
avec la physiologie de nos organes, lorsque matériellement - et
symboliquement - bouclé sur lui-même, son assemblage mécanique tour à
tour inversement connecté se transforme en écoutant ou en parlant ?
Dans ta bouche tu voudrais le monde
L’écoute
première est un bain. Un bain sonore intra-utérin où le corps du bébé, en
entier, écoute. Par la vaste surface de sa peau, les ongles, les yeux, le
crâne, par toute son architecture osseuse en pleine évolution, par le dedans du
corps en entier puisque le liquide amniotique est à la fois autour du corps,
dans le corps, dans l’estomac, les organes.
Pour
l’homme adulte, l’oreille, dans son architecture la plus interne est aussi une
poche liquide. Cette liquidité de l’oreille pourrait être le vestige,
incorporé, de l'écoute liquide dans le ventre maternel.
J’imagine
un érotisme de l’écoute associé au fait même de parler, lié à cette liquidité
première.
Erotisme
qui subsiste lorsque parler c’est vibrer par soi-même de tout son corps.
Erotisme
qui se prolonge lorsque parler est un contact — aérien.
Parler,
c'est épanouir son corps à distance.
Parler,
c'est prendre le monde dans la bouche.
C'est pour
cela que l'audition intra-utérine est une chance. Elle a inscrit, en nous, une
identité première, omni-directionnelle, multiple. L’audition intra-utérine,
bien avant la naissance du langage, aura été une expérience de perception
totale de tous les sons du monde ; écoute colorée, il est vrai, par le
filtre du corps de la mère.
Mais
surtout, c'est cela qui importe, annonçant ce désir - un appétit - ouvert,
de restitution de tous les sons du monde par l'organe phonatoire tout juste
parlant.
Le langage, flèche pour survivre
Si la
bouche est un trou, une entrée à l’orée du dedans du corps, partageant cette
tâche de projeter du sonore tout comme d'être une passe alimentaire, il faut
apprendre, en suivant de nouveau Alfred Tomatis, que le moment originaire de
toute émission vocale est intimement lié, paradoxalement, à l’évidence d’une
clôture.
Le premier
cri, à la naissance, est généralement lié à ce moment de la coupure du cordon
ombilical. Le premier cri marque ce passage du milieu liquide au milieu aérien.
De façon intense. A ce moment s’installe un nouveau mode de fonctionnement de
l’organisme, qui se clôt sur lui-même. C'est l'abandon, vécu de chair, du tout
originel. Le début d'une entrée en solitude. La cicatrice ombilicale peut donc
être considérée comme le lieu de naissance de l’activité symbolisante du sujet.
Point de départ qui le relie à son origine et le lance, désormais solitaire,
dans l’activité. Vers l’autre. Par la voix : " la fermeture du
trou central par où la vie biologique lui est advenue décentre l’homme de son
corps-chose et le renvoie à sa périphérie. Elle le détache de l’immédiate vie
organique. […] Elle lui ouvre le monde et elle l’ouvre au monde organisé par la
parole. " (16)
Lors de
l’absence de sa mère le bébé met en activité son imaginaire. Seul, il tente de
restaurer sa présence, le souvenir d'une plénitude, en imitant de son mieux les
mimiques corporelles et vocales. Il opère, par là, à un rétablissement. Ce
" rétablissement différé […] est le fait d’une activité psychique qui
ne se déploie qu’en l’absence de l’autre, et qui s'emploie à faire de cette
vacance le lieu de sa présence. Par cette activité, l’enfant […] se fait autre,
pour mettre en échec l’augmentation douloureuse de la tension et le déplaisir
qu’elle lui procure. Il tente d’être autre pour demeurer le
même. " (17)
Le cri du
bébé appelle donc une réponse.
La réponse
de la mère offre le répit, la satisfaction, et crée la mise en scène d’une
séquence alternée à partir de laquelle peut s’établir le déploiement de
l’appareil psychique. Dans sa capacité d’être seul le moi se fortifie, prends
ses distances à l’égard de cette dépendance.
Ce retrait
est source d’harmonie.
Constituer
son moi, l’affermir, c’est donc progressivement se doter d’une enveloppe
solide. Certains diront : " l'enveloppe sonore du
moi. " (18) Constituer son moi, s'individuer, c’est progressivement
cerner son image en propre, par là se détacher du monde, devenir une poche
d’équilibre — c'est un avènement.
Mais est-ce
que cet équilibre, ainsi désigné, ne se tisse pas sur une immensité
instable ?
Est-ce que
ce dialogue avec l’autre absent-remplacé, repris dès lors dans la bouche,
malaxé, imité, digéré en sons, en images, ne désignerait pas, sur l’extérieur,
par défaut, un chaos qui toujours est là, alentours, en chasse ? Une force
assiégeante, continûment harcelante, bien éloignée de la plénitude originaire ?
Cette force qui, sans la capacité psychique de remplacement de l’enfant
- signant de la sorte une résistance en mettant en place son
enveloppe sonore en regard - pourrait se déployer comme un espace
inhabitable, un flux disloquant, mortel, ravageur ?
Qui y
a-t-il tout autour qui nous écoute, nous touche, nous regarde ?
Pour le
bébé, par concession et nécessité vitale, l’attention, toujours en recherche va
donc se ficher sur l’autre. De là, progressivement, éclôt le langage. Né de
l’imitation le langage désigne le dehors, le nomme, l’amène à soi pour à
nouveau s’y projeter, le posséder, le comprendre.
Dans cet
aller-retour incessant, au fait même d'une vivacité encore et davantage
circulaire, se profilent en arrière scène les effluves passées d’un prolongement
de soi avec le monde comme en une coïncidence.
Sur
l’arrière de la constitution du langage tout juste naissant se profile, caché,
recroquevillé, le grand filet tous les choix.
Un
vocabulaire autre.
Un tout
autre langage.
Une palette
immense — l'exigence incandescente de reformuler, par la bouche, tous les
sons du monde.
Or, si le
langage, dans son élaboration symbolisante nous resserre, nous recentre, nous
retient, il ne faut pas oublier que, de même, il nous assure une tenue.
Il nous
permet de passer.
De
survivre.
Face à ce
tout qui " s’il s’articulait en paroles […] nous dirait la
vérité, le secret de notre destinée, et nous conterait une histoire de
mort. " (19)
Le langage
nous enlace à la constitution dorénavant nommée du dehors, en vue de l’échange
avec autrui, en vue de l’édification d'un monde, non sans laisser en nous,
comme un pôle d’attraction enfoui, ce lieu de nostalgie, ce passé d’un tout
sonore.
Quand nous
étions de chair à chair avec le monde.
Quand nous
étions le monde.
Et si le
haut-parleur, à l'enregistrement associé, né dans les mains intuitives d’un
poète et d’un typographe réalisait ce fantasme d’une bouche et d’une oreille
accouplées en un système d’équilibre — une bouche-oreille-haut-parlante
capable de restituer ce qu’elle entend: tous les sons du monde ?
2.
La voix, morceau de corps, élan de conscience
Dans tout
haut-parleur se tient en attente, lovée, à l'affût, une voix.
En suivant
cette idée de la voix comme vivacité féconde dans un rapport immédiat à soi et à
autrui, (20) le langage, quand bien même il circule librement dans les airs est
accroché au corps. J'ai envie de dire : accroché à la chair elle-même. La
voix suit ce cheminement ascendant du bas du ventre, remonte œsophage et gorge,
approche la tête, la traverse, s'articule sur cordes et s’échappe, soufflée,
vivante.
La voix,
axée sur le dehors, trouve alors son lieu d’émission au milieu du visage —
comme au centre de la baffle la membrane du haut-parleur.
Tout visage
est une bouche qui concentre, en un point, d’étranges sinusoïdes musculaires,
combinées, malaxées, articulées avec cette volonté fascinée et fascinante, lors
de l’échange, de devenir centre corporel total : ce lieu par où tout
passe — comme la membrane du haut-parleur.
Tu pourras
admettre, par exemple, que t’affubler d’un masque suffisse pour que sombre une
partie de ta personnalité. Perdre ta face en enfilant un masque, et de là,
continuer de t’exprimer, ce serait obliger l’autre à se focaliser sur du verbe
sans bouche, du sonore pur, naissant de ton corps facialement figé, ton corps
renonçant à son expressivité visagière habituelle. Un masque, bien sur, n’est
jamais neutre. Mais il est généralement pétrifié. Tu objecteras aisément que
les gestes, les postures façonnent encore l’échange, comme si le vocal, de
cette façon délocalisé, pouvait trouver dans une main, un pied, un coude ou
même, pourquoi pas, le mouvement de tout le corps, une sortie pour s’exprimer.
L’oralité n’est donc pas réservée à la bouche seule. L’oralité est accouplée au
corps en entier.
Cependant,
la voix, par ses subtilités rythmiques, sa panoplie irisée de courbes
vocaliques, de hauteurs ou d’intensités est foncièrement le dépôt de
l’intention, aussi subtile soit-elle. Elle en est le passeur. Elle identifie
ton corps. Peut-être même, finalement, le porte-t-elle à elle seule, en entier.
Elle est un
morceau de corps.
Lucrèce ne
dit-il pas quelque part : " Il est donc impossible de douter que
la voix et les paroles ne soient faites d’éléments corporels, puisqu’elles sont
capables de blesser […] La voix est donc nécessairement de nature corporelle,
puisque parler beaucoup nous cause une perte de substance. " (21)
De même,
Plutarque : " Ce que le peuple n'ayant pas trouvé bon, se prit à
crier si fort, qu'un corbeau volant à l'instant par dessus, s'en éblouit et
tomba emmi la presse du peuple : par où l'on peut comprendre, que les
oiseaux qui tombent de l'air en terre, ne chéent pas pour ce que l'air agité
par aucune véhémente concussion se rompe ni se fende : mais pour ce que le
coup de la voix, quand elle est si forte et si violente, qu'elle fait comme une
tourmente en l'air, les frappe et les atteint. " (22)
La voix
habite, en même temps se détache du corps porteur de conscience. La voix joue
en interne, silencieuse, accolée à l’esprit qui lui assure la naissance —
simultanément, elle est cette manifestation organique d’une extériorisation qui
se déploie dans l’espace de sa portée acoustique. La voix se manifeste au
travers de tissus charnels qui nourrissent l’éventail de l’être comme puissance
repliée sur elle-même pour, de là, dans un élan fécondant, jaillir dans
l’espace des relations.
La voix
porte par-delà le corps un élan de conscience.
Le
haut-parleur, à son tour, poussant l'air par l'entremise de sa membrane
mécanique, est un lieu-éventail, ramifiant le sonore autour du pivot de sa
stature immobile.
Exigence d'un au-delà de la voix dans le
haut-parleur/idée d'image
Le son qui
naît du haut-parleur provient d’une surface attachée à un volume frontal.
La voix,
tout autant, agit dans la frontalité.
La voix
sort du corps par devant, pour aller se ficher dehors. En direction de l'autre.
Elle s’échappe pour atteindre, pour toucher. Pour frapper, espérant, en
retour, une réponse.
Dans ces
conditions, pareillement, le haut-parleur est une voix. Il est construit, par
convention, dans cette idée d’un son lancé à la rencontre de l’écoutant, lui
même susceptible, au demeurant, de se situer dans un positionnement idéal.
C’est à dire en face de ce même haut-parleur. Dès les origines le haut-parleur
a donc été pensé pour donner à entendre de la voix, de la bouche, dans une
logique du tendre vers.
Le
haut-parleur, c’est une voix.
Ça n’est
peut-être même qu’une voix.
Dans tout
haut-parleur se tient en attente, lovée, à l'affût, une voix.
C’est pour
cela qu’une voix enregistrée, diffusée au travers de ce masque quasi pétrifié
qu'évoque l’enceinte acoustique - le haut-parleur, de son côté, comme
cornet de papier est extrêmement mobile - n’en finit pas de nous parler
malgré son allure fantomatique de voix sans corps. Tel un audible au visible
désaccordé, la voix haut-parlante, jouissant ainsi d'une intimité sans
précédent, nous communique ce non-dit qui circule entre les mots, au-delà des gestes,
des postures, tout comme la permanence d'une ancienne tenue corporelle.
Mais pour
vraiment faire parler le haut-parleur il ne suffit pas de s’en servir
que comme émetteur, que comme lieu par où ça passe, ne fait que passer,
traverser.
Il faut que
celui qui l’utilise dote ses sons d’une valeur.
Cette
valeur sera, par exemple, leur inoculer la fougue d’une prise de
possession.
Afin que
les sons aillent posséder à leur tour.
Il s’agit
de créer un espace de contagion — contagion de fait mise en cache, pliée,
et qui saura revenir en surface lors de futures rediffusions.
Contagion
portant en elle des germes d'images.
Contagion
nous inoculant cette exigence d'un au-delà de la voix.
Il s’agit,
pour cela, plutôt que de simplement enregistrer une voix, ou tout autre sonore
au devenir haut-parlant, de travailler à créer une subtile mise en relation.
Relation entre celui ou celle qui écoute et la manifestation haut-parlante.
Relation nous donnant accès, dans ces conditions, à ce que l'on peut appeller
la chair de l'audible. C'est à dire à une incarnation, pour le sonore,
prenant pied, véritablement, dans le monde - monde flottant ou ira se prendre
l'image - quand bien même cette chair ne saurait être immédiatement
palpable, en aucun cas ne se désignera sous couvert d'un soi-disant projet qui,
naïvement, consentirait à sa venue, à son audibilité.
Marie Jozé
Mondzain : " l'incarnation n'est rien d'autre que le devenir
image de l'infigurable […] L'image donne chair, c'est à dire carnation et
[audibilité] à une absence dans un écart infranchissable avec ce qui est
désigné. " (23)
Cette chair
est la manifestation expressive du monde en tant qu'entrelacs, qui serait rendu
au travers d'une poétique haut-parlante, résonant avec notre expérience intime
de la fusion originelle que j'exposais plus haut — chair à comprendre ici
comme fondation, en vue d'être insufflée d'une poétique.
Quant à cet
écart, il est la distance obligée entre ce qui a été et ce qui est
dorénavant image vivace, pour ne pas dire vivifiante, dans le lieu même de sa
présence haut-parlante.
L'absence,
de son côté, est un terreau salvateur lorsque une relation s'enclenche et que,
paradoxalement, s'élève l'image ; absence — puisque toute poétique
s'érige dans un vide qui l'absorbe ; poétique souriant de l'inutilité
rayonnante du simple fait d'être là.
Voici un
court exemple : il n'est pas suffisant de se contenter d'enregistrer, à
plat, une voix. Ce ne serait là que constituer un imagier sonore. Et l'imagier
n'est pas le lieu de l'image vivante, de l'image qui parle. Tout au plus
est-il informatif. Encore faut-il que cette voix enregistrée soit dotée, dans
l'interprétation de sa manifestation haut-parlante, d'une intention sans
intention. Afin que son intention de parole, ainsi subtilement dénuée, s'achemine
au travers de l'enregistrement, puis du haut-parleur, et prenne corps, enfin,
en présence. (24)
Le
haut-parleur, via l'enregistrement, se pose donc à la fois comme médium de
transparence pour ce qui parle — tout en même temps masque que l'on
se doit d'insuffler, poétiquement, économiquement, de vitalité fondatrice, afin
d'atteindre autre-chose. Et c'est essentiellement dans cette lignée
d'attention que le haut-parleur dépliera une voix. Voix au sens d’un corps
possédé par une voix qui maintenant parle en lui, à la manière " de
ces voix qui se saisissent momentanément du discours, le chevauchent, le
ravissent par endroits, sans que l’on sache d’où elles sortent ni de quels esprits
elles sont. Lorsqu’elles viennent d’autre chose en nous. " (25)
Il ne
s'agit pas ici de prétendre, au travers d'une reproduction haut-parlante,
travailler à dérober un morceau de l’être et, par là, de se prendre au piège
d'un archaïsme dans la perception des images, mais plutôt, sans attitude
idolâtre, de comprendre la voix enregistrée - et tout autre sonore
haut-parlant - comme vecteur manifeste de la vie, quand bien même, dans un
dispositif demeurant paradoxal, nous avons le plus souvent affaire à des
traces.
Je veux
dire :
D'une part,
lorsqu'au haut-parleur associé, la voix devient véritablement le projecteur de
l’image corporelle - l'identité - de celui qui s'adresse : vivant
avec nous, depuis son ancienne réalité incarnée, elle s'affiche alors, sous les
conditions ci-dessus énoncées, comme un nouveau personnage : le personnage
de l’image.
D'autre
part, lorsque le haut-parleur, au travers d'un sonore ainsi déplié projette
habilement sur le dehors " le non-lieu de ce qui parle et institue un
nouvel espace d’énonciation. " (26)
De là se
combineront des relations vives.
Pour un
imaginaire sonore riche et fécond.
Dialoguant.
Pays
fertile propre à l'insémination d'une poétique.
Pays
fertile, comme un espace de liberté.
Pour la
venue, au jour, de l'image.
Mais
toutefois à l'écoute d'un haut-parleur que désirons-nous réellement entendre ?
Ce n’est
pas uniquement de la voix articulée.
Ni
forcément du sens mesuré.
C’est ce
qui travaille dans les souterrains de la tête, de la bouche, sous la langue,
dans le ventre, les organes et s'enfuit emporté par la démesure de sa vitalité.
C’est ce
qui cherche à sortir, à prendre vie, même inarticulé.
Ce qui
cherche à sortir pour méduser, fasciner de son excès de présence et enfin parler,
au-delà de toute vocalité.
Un langage,
certes, mais un langage usant de tous les sons du monde.
…si
le haut-parleur est une voix - une bouche - le voici à son tour
devenu orifice… orifice dans le corps de l'écran des sons qu'il projette…
orifice dans le corps de l'espace d'énonciation qu'il institue… tête… tête
dotée d’une bouche ouverte… miroir… trou dans un miroir qui parle… miroir
membrané comme zone articulatoire de sa phonation… phonation écoutante… écoute
retournée sur elle-même… puits où se pencher serait l'ouverture de notre
oreille à un recueil de voix… mieux : le recueil de tous les sons du
monde…
Le
haut-parleur, du plus lointain de sa constitution technique nous écoute. Lieu
de tous les possibles sonore, il nous perd à trop vouloir l’ausculter. Après
tout, derrière cette membrane mouvante de papier ne se repli qu’un vide
machinique. Une armature encollée de bois, de fer aimanté, de vis, câbles et
clous.
Pourtant,
comme stèle immobile, à l'allure miroitante, chacun s’y projette, éprouve avec
lui une étreinte quasi-fantômatique, allant même jusqu'à y cueillir et manger
ses fantasmes.
Si le
haut-parleur à cette stature miroitante, inhérente à sa genèse technique, en
quoi le fait d’y être possiblement dédoublé est-il déstabilisant ?
Qu’est-ce qui nous permet d'adopter, face à lui, tantôt une posture de retrait,
une méfiance, tantôt cet enchantement abyssal vers un océan primordial ?
Est-ce
uniquement dans ce battement en éventail du dedans vers le dehors, du dehors
vers le dedans, de l'audible vers l'inaudible, de l'inaudible vers l'audible
que se constitue un lieu ouvert à la venue des images ?
Miroir lucide, poétique de la relation
Au sortir
du haut-parleur les sons frayent dans l’espace à la recherche d’un corps
écoutant pour aller s’y ficher. Ils ne seront dès lors recueillis qu'à la
hauteur de leur sève ensorcelante. Sans cela, déjà les entends-tu repoussés,
rejetés, détestés. Dégueulés. Ils ne se meuvent alors que comme des enveloppes
vides, stériles, vouées à errer d’une machine à l’autre, d’un haut-parleur à un
autre, sans aucun attrait, si ce n'est pour leur plastique agitée,
outrageusement gonflée. Et ils restent là. Inauthentique substance. Idiots.
Simulacres précaires. Invivables. Dénués de la vie que seule une poétique
saurait leur insufler.
Des corps
perdus — véritablement sans corps.
Des
fantômes.
Travailler
un son, un complexe de sons, pour le haut-parleur, c’est offrir à celui qui s’y
mire un imaginaire lui donnant envie de s'y projeter, de s'y arrimer, plutôt
que de ne générer qu'un reflet aliénant. Et cet imaginaire ne sera pas tant ce
qui, à l'écoute d'un son fixé, suscite la nouveauté, que ce sentiment
d'alliance chantante, parfois cruelle, reçue de plein corps entre des forces
ayant trouvé le terrain d'une entente. Enregistrer un son, choisir de le donner
à entendre au travers d'un haut-parleur, c'est estimer son efficacité entre
l'image qu'il suscite au-delà de sa réalité plastique et une énergétique propre
à créer du vivant Pour l’écoutant les sons s'érigeront alors comme des
emportements entiers, renforçant son identité, mettant à jour un moi de
l'écoute apte à dialoguer avec les personnages de l'image. De là, travailler un
son, un complexe de son pour le haut-parleur, c'est munir l'écoutant d'un filet
auditif à lancer sur tous ses devenirs en projection. Un monde ouvert qui se
prolonge dans l'enceinte de son corps de perception. Finalement l'emporte à
nouveau au dehors, enrichi d'une passation de force — monde générateur
d'éclosions où la coïncidence est son urgence ; monde ou la relation est expérience.
Travailler
un son, un complexe de sons pour le haut-parleur, c'est offrir une poétique à
partir de laquelle se déploie, en un accroissement, une étrange abstraction.
Abstraction au sens d'isoler, séparer un élément, une propriété d’un objet afin
de le constituer à part. Abstraction surgie du réel de l'image comme un
énigmatique effet de réalité et qui n’accède à son statut de nouvelle réalité
qu’au travers de la croissance sans cesse grandissante de son pouvoir de
métamorphose du même. (27)
Or le réel
de l'image ne se situe pas dans ce qu'elle représente.
Le réel de
l'image est ni l'objet-image, ni l'objet dans l'image. Le réel de l'image
s'érige et s'épanouit dans l'espace de la relation.
Cette
relation est une sève.
Et cette
sève active des vies parallèles.
Ce même,
en métamorphose, à l'instar d'une image démultipliée, de part sa nature, est
aussi l'écoutant dorénavant libre de jouir de ses innombrables devenirs au sein
d'une poétique ouverte.
Quant à cet
abstrait, il ne vise en aucun cas à régner en maître, mais se doit plutôt
de nous faire évoluer dans un espace de la juste mesure.
Kenneth
White : " concret ou abstrait ? J’aime l’abstrait où
subsiste un souvenir de substance, le concret qui s’affine aux frontières du
vide. " (28)
Travailler
un son, un complexe de sons pour le haut-parleur, c'est aussi le mettre en
scène, lors de la fouille d'une poétique, avec cette promesse, comme un
hommage, pour celui qui l'écoute, d'un véritable espoir de retour. Un
accompagnement. Afin d’éloigner le corps écoutant de ce fantasme idolâtre d'un
imaginaire tout puissant, infantilisant. Afin de le détourner du piège d'une
totale identification qui ne deviendrait que fascination mortifère. Afin
d’éviter de ne le renvoyer qu’à lui-même, comme en un effet larsen :
" si le miroir [sonore ou visuel] ne renvoie au sujet que lui-même,
c’est-à-dire sa demande, sa détresse (Écho) ou sa quête d’idéal (Narcisse), le
résultat est la désunion pulsionnelle libérant les pulsions de mort et leur
assurant un primat économique sur les pulsions de vie. " (29)
Venue de l'image
Un son qui
au sortir du haut-parleur trouve sa place - trouve son corps de
chair - et ce, à chaque nouvelle écoute, est un son chargé —
chargé de présence. Pierre Schaeffer, dans son journal de 1948, notait déjà que
le corps sonore enregistré, devenu objet sonore, accède à une toute
puissance . (30) A condition bien sur qu'il devienne révélateur. A
condition qu'il sache mettre à jour, quand bien même il ne naît, au travers du
haut-parleur, que dans une nuit visuelle.
Un son qui
au sortir du haut-parleur trouve sa place - trouve son corps de
chair - et ce, à chaque nouvelle écoute, est un son transportant une chair
qui parle à notre propre chair. Un son qui offre, écoutes après écoutes, une
relance continuelle pour nos sens. Et ceux-ci, à cette expresse condition,
s’accordent à son exigence : ils nous approchent, ainsi guidés, de la
région d'un paradoxe retourné : la région d'une clarté auditive.
Cette
clarté miroite sur une surface sans poussière.
Comme en un
lieu d'évidence.
Or il faut
comprendre que " le miroir imageant est un miroir vide. "
(31)
En cela,
l'idée d'image, incarnée dans un son qui trouve son corps de chair ne se situe
pas dans l'effet miroir lui-même — ce miroir automate haut-parlant
dont j'ai exposé au début de ma lettre les multiples éclats. Croire celà serait
se prendre, naïvement, à l'idée d'image comme instance proprement localisée, ou
saisissable. Ce ne serait considérer ce qui fait image que comme véracité
strictement matérielle.
Je cite
encore : " donner chair à l'image c'est opérer en l'absence des
choses " (32)
Il existe
donc un ailleurs où se manifeste l'image.
L'image vraie —
la véritable image.
Certains
diront : " l'image naturelle. "(33)
Celle qui
parle depuis sa propre chair et va toucher notre chair d'écoutant, usant, pour
sa venue, de l'éclair d'une sollicitation, de notre attention participante,
puis de la chair du monde.
L'image
ne se manifeste pas dans la matérialité, elle la traverse. Comment, par
exemple, ce qui en elle est vivacité, naissance continuelle, avènement,
pourrait se redonner encore et encore au travers des multiples reproductions
des supports du sonore ?
L'image
n'existe que dans les régions de la relation.
Ici-même
est sa réalité.
Son
efficacité.
Efficacité
qui nous emporte, pour jouir, avec la chair du monde.
Et
qu'est-ce que la chair du monde ?
C'est ce
filet de liens qui tous nous retient, en concession de vérité, et à la mort se
dénoue.
Filet de
liens révélé par l'incandescence autonome de l'image, lorsqu'elle s'impose à
nous comme image.
Filet de
liens qu'elle invoque, parfois même à son insu, pour y apparaître en énigme.
Et cette
énigme, de son dehors le plus fuyant - si nous sommes là pour
l'accueillir - ostensiblement nous désigne.
Nous fait
signe.
Et parle.
Depuis son
lieu d'énigme.
Il n'existe
alors plus aucun effet miroir.
Où la
poussière pouraît-elle se déposer ?
Reste la
relation poétique — relation face à face.
Qui elle
seule fait vivre.
Matérialité aberrante du haut-parleur
Face au
haut-parleur il faut s'accorder, malgré tout, à cet impératif de
lucidité : le haut-parleur oscille sans cesse, selon l’attention qu'on lui
porte, entre l'exigence d’un effet de vérité - cette prétendue transparence
dans le transport de ce qui à eu lieu - et une habileté générative frayant
à même les vigueurs de sa membrane.
Jouant
d'aberrations acoustiques, suggérant, en phase ou hors-phase, des lignes de
fuites, du temporel superposé, anamorphosé, des angles morts, du débordement,
ce qui perce, se déchire ou se plie, le haut-parleur déploie toute une syntaxe
de l'embuscade et du piège. En ces caches ce qui est plié toujours échappe à
notre écoute. Dans ces replis de matérialité fécondante quelque chose se passe.
Une poussée
inverse.
Une
autorité active — symboliquement efficace.
Qui
pourrait jaillir sur nous lors du décalage irréductible de notre attention
écoutante : lors de notre participation emphatique à l'avènement de
l'image.
Au sortir
de cette accumulation de signes, de lignes de forces et de fondements, il est
possible d'approcher, dans un non-lieu qui est le vrai lieu de l'image et qui,
paradoxalement, vient nous saisir, l'évidence d'un seuil.
Ce seuil
est situé à l'entrée d'une conflagration sourde.
Approcher,
en ces termes, l'image acoustique, ce serait perdre l'orientation.
Notre
oreille imageante quittant le bain de l'équilibration et se dévidant, au
dehors.
Puis nous
déposant.
En un lieu
vide.
Une
absence.
Comme en
une perte de connaissance — devenue source de co-naissance.
Notre
oreille devenant le dépôt d'un quelque-chose. (34)
Le
haut-parleur, à son insu, dans la dérive de ses utilisations configure une
inaudibilité accessible.
Cette idée
du pliage, ci-dessus esquissée, comme réseau de lignes, de figures cachées,
l'indique en conséquence comme matrice perceptive, fertile, accueillante.
Paradoxalement,
dans leur façon de se dérober, ces caches, ces pliures, ces pièges font se
déboîter son évidence généalogique vers ce qui, en lui, s’écoute comme une
frontalité plastique immédiate et charnelle. (35)
Et ce sont
aussi ces échappées, ces replis au travers d'une matérialité aberrante qui
feront de ces déboîtements agissants un accès à la chair de l’audible,
permettant la venue de l'image.
Les sons,
dans le haut-parleur, s’affichent soit comme ramenés d’un lointain intérieur,
soit s’actualisent à même sa surface, sa membrane, allant jusqu’à
symboliquement la déchirer.
Espérant,
par là, rejoindre le temps d’une maturité.
à cet
instant - dans cette urgence - le sonore, projeté dans l'espace par
le haut-parleur aura pour corps de maturité un corps de fiction.
Et ce corps
de fiction, offert pour nous, écoutants, s'endosse.
De là nous
pourrons tenter de nous faufiler.
Nous
faufiler en compagnie de l'image.
Comme si, à
notre tour, nous avions ce pouvoir d'être en chasse.
à nous,
ensuite, de voir ou ne pas voir.
D'entendre,
ne pas entendre.
Nous voici
libre de jouir.
En toute
lucidité.
Nous voici
libre de jouer et jouir, avec l'image, mais qui déjà à trop se sentir observée
se replie.
Ai-je dit
que l'image vraie appartenait au monde de l'audible ?
Une copie n'est-elle qu'une copie ?
Enregistrer
sa voix, un son, un complexe de son, est-ce simplement en faire une copie venue
du réel ?
Une copie
n’est-elle qu’une copie ?
N'est-ce
pas plutôt une nouvelle naissance ?
De manière
traditionnelle le haut-parleur est considéré de façon univoque : un lieu
de transport, une porte sur ce qui a eu lieu faisant toujours référence à un
passé antérieur. Espace de commémoration. Milieu technique idéal de la
reproduction dite fidèle, parfois même abusivement objective où il ne s’agirait
que de donner à entendre, semblablement, le réel ainsi capté. Idéal qui le plus
souvent se refuse à accepter la démesure que génère l’acte technique de
reproduction, lorsqu’il déboîte d’emblée ce qui a été capté vers une
nouvelle réalité devenant image sonore : lieu d’où se creuse sans cesse un
écart bien éloigné de cette première réalité, dorénavant distanciée.
Il est tout
de même important de constater que le son enregistré, représenté au
travers du haut-parleur, " ne s’émancipe jamais tout à fait du corps
qui le cause et qu’il amplifie. " (36)
Le
haut-parleur authentifie.
Il prouve
l’existence de certains moments sonores du monde.
Même s’il
est possible de transformer, de traiter un son en jouant sur toutes les dérives
possibles de la chaîne électroacoustique - en allant, par exemple, jusqu’à
engendrer d’autres sons à partir d’un même son - comme lieu de la preuve
le haut-parleur rend invariablement hommage à son exigence du constat de la
référence. (37)
Et cette
folie "généalogique" - dont il ne faut pas négliger l'importance
pour sa nécessité rassurante - trop souvent nous obnubile car
excessivement attachée à cette idée d’une dérive obligée depuis l’origine.
Voire d'une
remontée forcée vers l'origine.
Remontée
qui, selon moi, lorsque devenue contrainte, clôt le destin de l'image sonore et
retient l'imaginaire au stade de l'imagier.
Imagier qui
en aucun cas, de lui-même, ne suscitera la venue de l'image.
Si l’on
abandonne cette notion d’origine, n’entre-t-on pas plutôt dans ce rapport où
l’image " cesse d’être seconde par rapport au modèle, où l’imposture
prétend à la vérité, où enfin il n’y a plus d’originel, mais un éternel
scintillement où se disperse, dans l’éclat du détour ou du retour, l'absence
d’origine " ? (38)
En suivant
cette idée le réel de l’image n’est plus son référent. " Le réel de
l’image est l’effet qu’elle produit " (39) et cet effet
participe de sa continuelle relance : ce qui toujours recharge l’image.
L'image
c'est l'origine.
Mieux :
l’image est à l’origine d'une relation.
C'est au faîte
de cette relation que pourra éclore, fructifier, puis se partager une poétique,
de la sorte acheminée à son plus haut niveau de maturité.
Poétique
devenue foyer de ce qui est souffle de présence, de ce qui est vie — vie
autonome de l'image.
Il est ainsi
nécessaire de renoncer " à réduire toute l’image à sa seule variété
de copie conforme de l’objet " (40) et ce, même s'il s'agit de
prendre ce qui s'y figure au sérieux.
Ce qui se figure dans l'image est tout autant l'image
elle-même, dans sa venue, que le sujet, à son écoute, qui s'y construit
autant qu'il la construit.
L'image, en
ce sens, également, est origine.
Elle ouvre
un nouveau rapport au monde.
Il ne faut
pas croire, cependant, que je veuille taillader l'idée d'image au point de
nier, voire d'abolir, chez elle, sa vertu référentielle. Ce serait là
abandonner l'un de ses atouts dominant. Je pense simplement qu'il faut toujours
avoir en soi, à l'écoute d'un son venu du haut-parleur, ce discernement :
l'entrée en image dote la manifestation d’origine d'une latitude qu’elle
n’avait pas, " l’image signifie quelque chose que l’objet lui même
n’a jamais eu le temps, ni l’espace de dire. " (41)
Cette
signification nouvelle s'enrichit d'un double vecteur : l'un tourné sur le
passé, "généalogique", parfois nostalgique — et il serait
dommage d'abandonner ce souffle de poussières qui, pour tous, est à la faveur
de notre être de mémoire… l'autre lancé sur tous nos devenirs perceptifs —
devenirs prenant pied depuis la relance sensuelle et de vie, née de cette
poétique au-dedans qui doit-être le noyau même de l'image.
Enregistrer
sa voix, un son, un complexe de son, est-ce simplement en faire une copie venue
du réel ?
Une copie
n’est-elle qu’une copie ?
N'est-ce
pas plutôt une nouvelle naissance ?
L'effet larsen — mort ou lucidité ?
Je te
propose, pour finir ma lettre, une expérience.
Soit un
microphone, un amplificateur et un haut-parleur enchaînés, tous trois mis sous
tension électrique.
Il suffit,
tu le sais, puisque tu m’annonçais déjà cette découverte envoûtante lors d’une
précédente lettre, de diriger, d’approcher prudemment le microphone vers le
haut-parleur pour que très rapidement un son exceptionnellement siffleur naisse
de la boucle en retour sur soi du système.
C’est ce
qu’on appelle l’effet larsen.
Une mise en
abîme, locale, de l’espace acoustique sur lui-même, qui s’effondre brutalement
et bruyamment à l’infini de son amplification.
S’élève
alors en espace, matériellement figurée, révélée, une énergie virulente
semblant régner comme un liant entre les choses, les objets, les êtres.
Émerge
audiblement un lieu coupant.
Un lieu
caché sous un lieu.
La preuve
audible de l’effet miroitant contenu dans tout haut-parleur et qui rôde,
ennemi, aux alentours de toute chaîne électroacoustique.
L’ennemi,
ici, apparaît nettement de cette amplification additionnée sur elle-même.
A la
manière de deux miroirs face à face.
Amplification
qui n’en finit pas de se relever d’elle-même sur elle-même, augmentant jusqu’à
recouvrir l’espace d’une présence sonore insoutenable. S’accaparant le système
même d’où elle éclôt pour aller jusqu’à en briser les limites techniques,
jusqu’à tuer la machine qui l’aura faite naître.
En une
cassure effrayante.
Et cette
cassure, en ta présence, pourrait tout aussi bien être celle de ton oreille.
Ton oreille
qui cède dès lors à la panique.
Ton oreille
qui siffle, à son tour, de peur de croiser l’inaudible.
Ton oreille
morte.
Le son,
dans l’oreille, se love dans une cavité qui absorbe l’audible. Un labyrinthe.
Contrée où il se perd comme l'eau s'écoulant sous un complexe géologique. Au
plus profond de cet espace de la perte que jamais rien n’épuise - l'ouïe est
toujours en éveil - naît pourtant un informe qui informe tout le corps. De
ce vide traversé, décodé, recodé, s’élancent des influx qui nourrissent la tête
et les autres lieux de l'organisme. " L’oreille absorbe, n’immobilise
pas mais absorbe l’audible […] quelque chose passe à travers elle et il ne
reste rien. Sinon, si quelque chose insiste, veut se fixer sur elle,
s’immobiliser, c’est là qu’elle cède et que le tympan crève, sans faire de
bruit. " (42) Or, l'effet larsen se consolide sur lui-même comme un
tas de fréquences uniques, accumulées jusqu'au seuil de l'effondrement à la
manière de deux miroirs face à face…
A la suite
de cette expérience démesurée il nous faut concevoir, encore une fois,
qu'écouter un son venu du haut-parleur c’est prendre ce risque de croiser un
retour sur soi s’accroissant de façon sans cesse grandissante.
Et cette
évidence extrême d’une amplification circulaire pourrait aisément nous forcer à
sortir de la relation par une brisure mortelle.
Celle de
notre tympan.
Un tel
phénomène signe aussi une révélation sans précédent : je ne pense pas
qu’il soit possible de vivre sa propre mesure, son échelle, sa jonction avec le
monde consensuel et, dans le même instant, d’avoir ce regard - cette écoute en
dessous - qui à trop percevoir ce qui finalement nous assemble par retour sur
soi nous désassemble.
Le
haut-parleur, de part sa position miroitante et amplifiante nous dirige au plus
près de ce quoi le monde est tissé.
Un
gigantesque contact.
Une force.
Car le
monde est plein.
Peut-être
même n’y a-t-il pas d’espace entre les êtres.
Le monde
est un conglomérat d’entrechocs continuels.
Liés corps
à corps — liés chairs à chairs.
Un monde
dont nous sommes et où les objets invisibles, les poussières ainsi amplifiées
se révèlent torrentielles.
Et cette
révélation, augmentée par le haut-parleur est insupportable.
Elle se
jette sur nous pour nous tuer.
Par le son.
Se
suicidant dans le même élan puisqu’elle ira jusqu’à délier, chauffer, fondre le
nœud intime de la machine qui l'a fait naître pour, au final, la briser dans
une accélération sauvage, nette et sèche.
à moins, et
ce sera là une conclusion plus douce, sage et ouverte, que le haut-parleur,
dans sa technicité, nous affiche ingénieusement sa réserve.
Celle d'un
face à face connaisseur de pièges.
Préférant
s'abîmer, en toute lucidité, plutôt que de souffrir éternellement de la
coïncidence narcissique du portrait.
Mon ami,
voilà ce que j'avais à te dire aujourd’hui.
A mon tour
j'ai hâte de te lire.
Lionel Marchetti
le 8 décembre 2002
Note sur le chaman / le haut-parleur / le
tambour :
Le tambour du chaman est une oreille.
Constitué d’une peau mobile, tendue sur un cadre rond, il
est une surface décollée, dépecée, prise à la chair animale.
Cette membrane est une surface d’inscription. Une carte où
le chaman dessine, reporte ses voyages dans les autres lieux du monde, les
autres lieux de l’esprit. Le tambour " figure un microcosme avec ses
trois zones - Ciel, Terre, Enfer - où le chaman saura se déplacer dans la
vitesse. Il est ainsi possible d’observer des dessins de l’itinéraire du chaman
dans sa descente au royaume des morts, par exemple, des deux côtés de la
surface du tambour ". " Toutes ces croyances, ces
images et ces symboles en relation avec le vol, la chevauchée ou
la vitesse […] sont des expression figurées […] de voyages
mystiques entrepris avec des moyens surhumains et dans des régions
inaccessibles aux hommes. " (43)
Lorsqu’il chante et rapporte ce qu’il voit, ce qu’il
entend, le chaman bat le tambour, s’enlace dans le rythme et se sert de
l’instrument comme d'un véhicule l'emportant.
La peau du tambour provient d'un animal sacré, chassé,
sacrifié. Cet animal a donné dans un rituel l’entièreté de sa chair, son
souffle et ses valeurs. Il peut devenir l’esprit auxiliaire le plus proche du
chaman, son aide intime. Sa chair a été ingérée en vue d’un échange de forces,
dans un corps à corps. Il reste la peau. Elle est tendue sur le cadre du
tambour.
C’est alors toute la puissance de l’animal qui résonne dans
les mains du chaman et va frapper à son tour de ses ondes son tympan.
Il y a une animalité toujours présente dans cette membrane
excitée et parlante.
Le chaman, au travers du tambour, frappe son propre tympan.
" Un envoi de vibrations sonores fortes,
répétitives, dans l’appareil auditif (et donc dans le cortex cérébral), l’amène
progressivement à une prise de conscience cognitive décalée. En même temps, les
stimulis sensoriels en provenance de la réalité ordinaire (la douleur par
exemple), se retrouvent bloqués ou filtrés. Ainsi, son esprit serait libre de
se développer dans d’autres dimensions. " (44)
Le son du tambour " crée une atmosphère propice à
la concentration, projetant le chaman dans une transe profonde au moment où son
attention bascule pour voyager intérieurement. "
C’est cette frappe continuelle, rythmée, répétitive, de la
main sur la peau animale - de la main sur son propre tympan - qui fait naître
cette identité du tambour comme le lieu d’éclosion de toutes les fictions.
Fictions au devenir efficace.
La cérémonie chamanique, comme rituel, est le plus souvent
collective. Les sons du tambour, associés à la danse et aux chants, modifient
de même la conscience de l’auditoire.
En tant que poète, médecin, homme de connaissance qui
coïncide totalement avec ses images, capte les visions, le chaman emporte
tout le groupe dans ses fictions, crée un complexe d’images, développe un
savoir qui fonde la société à laquelle il appartient, voire, au besoin,
sauvegarde l’identité du groupe.
Mais le chaman est moins un récepteur que un créateur
d’images
Et si le haut-parleur, comme le tambour, était un véhicule
recelant ce pouvoir de modifier notre conscience ? }
Notes :
1. Œuvres poétiques complètes - Rimbaud,
Lautréamont, Corbière, Cros - éd. Robert Laffont, 1980.
2. La soie était de porc. Certaines expériences auraient
été faites avec des antennes de crevettes. In La machine parlante - Paul
Charbon - éd. J.P. Gyss, 1981.
3. Dans le même élan j'observerai le haut-parleur comme
objet emblématique. Au sens où sa forme d’instrument ancien invoque une liaison
magico-religieuse. Le haut-parleur est constitué d’un tambour, l’enceinte est
une caisse de résonance… Mais ce sera là, cependant, l'objet d'un développement
dans une autre lettre. A ce sujet je me contenterai donc, ici, d'une simple note
en fin de texte.
4. Le bruit - R. Chocholle - éd. PUF, 1973.
5. Le son - J.J. Matras - éd. PUF, 1982.
6. Narcisses - Nouvelle revue de psychanalyse
- éd. Folio essais, 2000.
7. L'inquiétante étrangeté - Sigmund Freud - éd.
Folio essais, 2002.
8. Le rôle du narcissisme dans l'émergence et le
maintien d'une identité primaire, Heinz Lichtenstein, Op. Cit. P. 237.
9. Images vidéo, images de soi… ou Narcisse au travail -
Monique Linard, Irène Prax - éd. Dunod, 1985, P. 51.
10. D'après Le double - Otto Rank - Petite
bibliothèque Payot, 2001.
11. Ibid.
12. De l'inconvénient d'être né - Cioran - éd. Folio
Essais, 1987.
13. L'oreille et le langage - Alfred Tomatis - éd. Points Sciences, 1991.
14. Ibid.
15. Ibid.
16. Ibid.
17. Ibid.
18. Narcisses - L'enveloppe sonore du moi -
Didier Anzieu, Op. Cit., P. 239.
19. Un filet de voix fort douce…, Louis Marin - La
voix, l'écoute - Revue Traverse/20 - 1980, P. 16.
20. La voix et le phénomène - Jacques Derrida - éd.
PUF, 1993.
21. Lucrèce.
22. Plutarque.
23. L'image naturelle - Marie-José Mondzain - Le
nouveau commerce, 1995, P. 32.
24. Une telle exigence s'appliquant, bien sur, à
l'enregistrement de tout sonore autre que vocal et au devenir haut-parlant.
25. Louis Marin, in Op. Cit.
26. Utopies vocales : glossolalies, Michel de
Certeau - Revue Traverse/20, Op. Cit., P. 26.
27. Didier Anzieu, - ibid.
28. Déambulations dans l'espace nomade - Kenneth
White / Basserode - Acte sud, 1995.
29. Didier Anzieu, in Op. Cit., P. 263.
30. A la recherche d'une musique concrète - Pierre
Schaeffer - éd. Seuil, 1952, et aussi Michel Chion - Guide des objets
sonores - Pierre Schaeffer et la recherche musicale - INA
GRM/Buchet.Chastel, 1983.
31. L'image naturelle - Marie-José Mondzain - ibid.
et voir aussi : L'idée d'image - Marie-Claire Ropars-Wuilleumier -
éd. PUVincennes, 1995 ; La vie de images - Jean jacques Wunenburger -
éd. PUG Grenoble, 2002 ; L'œil et l'esprit - Maurice Merleau-Ponty - éd.
Gallimard Folio essais, 1985.
32. Marie-José Mondzain , Op. Cit.
33. Ibid.
34. Saint Paul : " Nous voyons présentement
confusément et comme dans un miroir, mais alors nous verrons face
à face ; présentement je connais imparfaitement, mais alors je connaîtrai comme
j'ai été connu. ", in Epître aux Corinthiens, 13/12.
35. Devant l'image - Georges Didi-huberman - Les
éditions de minuit, 1994, et voir aussi : Le pli - Gilles Deleuze -
Les éditions de minuit, 1997.
36. La haine de la musique - Pascal Quignard - éd.
Calmann-Lévy, 1995.
37. A ce sujet, David Rissin, à propos de la musique de
François Bayle, il faut " briser le miroir qui nous renvoie du son
l’image causale " - notice des Espaces inhabitables de François
Bayle, disque Philips, collection Prospective 21 ème siècle, 836-895,
1983 ; et voir aussi mon livre : La musique concrète de Michel
Chion - Lionel Marchetti - éd. Metamkine, 1998.
38. L'espace littéraire - Maurice Blanchot -
Gallimard Folio essais, 1991.
39. Images mobiles - Jean-Louis Schefer - éd. P.O.L, 1999.
40. Ibid.
41. Ibid.
42. L'écoute - Marc Le Bot - Revue Traverse/20, Op.
Cit., P. 42.
43. Le chamanisme et les techniques archaïques de l'extase
- Mircéa Eliade ???? c'est jérôme qui a mon bouquin
44. Anthologie du chamanisme - Shirley Nicholson -
Le Mail, 1991.